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Arts, cinéma, culture

DOUCE FRANCE

Trois lycéens de Villepinte (Seine-Saint-Denis), à la demande de trois de leurs professeurs, enquêtent sur un projet d’aménagement colossal tout près de chez eux, Europacity. Dénoncé par la plupart des urbanistes qui s’intéressent à l’aménagement de la région parisienne, Europacity est un monstre : 230 000 mètres carrés de commerces et de bureaux, et des équipements de loisirs, y compris un parc aquatique et une piste de ski artificielle. Nos lycéens mènent une vraie enquête, interrogeant tous les protagaonistes de l’affaire, promoteurs, élus, agriculteurs, opposants, se font peu à peu une idée, et se construisent eux-mêmes, entrevoyant un peu mieux l’avenir qu’ils souhaitent pour eux et pour le monde. Europacity promet des emplois par milliers ? Voilà qui a priori paraît intéressant pour des jeunes qui commencent à penser à leur avenir professionnel, et à la prospérité du territoire qu’ils habitent. Mais, bien vite, les questions se posent : ces emplois sont-ils sûrs ? Ne sont-ils pas sous-qualifiés ? Ne risquent-ils pas de supprimer des emplois dans les commerces existants ? Et faut-il sacrifier les dernières terres agricoles de la région ?

Les trois enquêteurs, Amina, Sami et Jennyfer sont frais et magnifiques. Des perspectives s’ouvrent, ils voient le futur autrement. Un futur où, par exemple, la nouvelle agriculture, celle qui respecte les équilibres naturels et les consommateurs, prend sa place.

Le réalisateur, Geoffrey Couanon, est particulièrement sensible à cet aspect des choses, qui compte dans son itinéraire. Sa filmographie le dit, avec des portraits d’agriculteurs français et cubains. Et du reste, il l’explique lui-même, ce qui l’intéressait d’abord, c’était le recul des terres agricoles devant l’urbanisation. Mais ce point de départ

est vite dépassé par l’ensemble des enjeux qui se présentent et le cheminement des trois jeunes enquêteurs. Il y est question, en définitive, de la manière dont on occupe un territoire et dont se construisent des vies. Europacity a fini par être abandonné, à la demande du gouvernement, mais l’avenir des espaces où il devait s’implanter reste incertain. Il y a là, comme il y avait à Notre-Dame-des-Landes, un point exemplaire, un moment de vérité pour un choix de société. Et c’est bien de ce choix qu’il est question dans le film. Les jours que nous vivons lui donnent une résonance particulière…

 

Douce France : destin étrange et beau de la chanson de Trenet, reprise peu avant sa mort par le groupe rock Carte de séjour, composé de jeunes issus de l’immigration, et qui donne aujourd’hui son titre au film de Geoffrey Couanon. La France de la jeunesse perpignanaise et narbonnaise de Charles Trenet, il y a cent ans, n’est pas celle de la banlieue parisienne d’aujourd’hui. Une autre différence : la chanson de Trenet évoquait des souvenirs, le film nous parle d’une jeunesse qui se construit, et espère construire un pays qui réponde à ses aspirations, un pays équilibré et doux…

Pas de cinéma ouvert : en attendant les réouvertures, c’est donc autrement, par des salles « virtuelles »  que le film pourra être vu. Ce fut le cas en avant-première le 2 mai dans sept salles de Seine-Saint-Denis. La diffusion passe par La Vingt-Cinquième Heure (25èheure.com), et la séance est proposée pour 3,50 euros.

 

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