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En 1970, l’immense Satyajit Ray réalisait une comédie douce-amère, Aranyer din ratiri ‘ (en français Des jours et des nuits dans la forêt), que Cannes a pu voir l’an dernier dans sa section Cannes classics en version restaurée grâce notamment à l’excellent programme World Cinema Project créé par Martin Scorcese, Le film sera dans les salles de cinéma ce 19 août. Cannes était un des lieux où le grand réalisateur indien avait été reconnu dès ses premiers films.
On retrouve deux des acteurs préférés de Satyajit Ray dans Des jours et des nuits dans la forêt. Soumitra Chatterjee était le visage d’Apu adulte dans La trilogie d’Apu, dont le premier volet, Pather panchali, avait reçu à Cannes un « prix du document humain » qui ne rendait justice qu’à une partie du talent de son auteur, dont le cinéma avait déjà un langage original et complet. Quant à l’interprète féminine principale, Sharmila Tagore, elle a elle-même débuté sa carrière dans Le monde d’Apu,
On est donc, avec Des jours et des nuits dans la forêt, en territoire connu, avec des visages familiers. Quoi d’autre de commun, dans ce film aux allures légères ? L’analyse fine des caractères humains et des rapports de classes, dans un pays où ces derniers sont fortement tranchés et d’une violence qui peut exploser. Le fil est ténu : quatre hommes quittent Calcutta pour une parenthèse loin de la ville. Mais partir avec beaucoup d’insouciance et de légèreté dans ses bagages ne veut pas dire qu’on va les garder : les bagages du retour seront beaucoup plus lourds. C’est qu’en quelques jours nos hommes, à vrai dire plut
ôt pâles et inconsistants, auront beaucoup appris du monde et de la vie.
Ils étaient irréfléchis, infatués de leur trop légère personne. La route va leur donner la leçon.
Celle des rapports de classe. Des gens qu’ils rencontrent et qu’ils considèrent naturellement comme inférieurs (gardien du pavillon de chasse où ils logent, homme à tout faire qu’ils recrutent et traitent avec mépris, populations locales plus généralement), il leur faudra beaucoup apprendre. Apprendre à voir, à connaître, à traiter comme des êtres humains.
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Et puis leur légèreté, leur muflerie vont se heurter à la subtilité, à la délicatesse, au savoir-vivre de la famille bourgeoise qui se trouve sur leur chemin. Ils y trouveront le miroir inverse de ce qu’ils sont. Il y a là le grand-père, plein de mesure et d’élégance de sentiments, sa fille, sa belle-fille et son petit-fils. La vie ne les a pas épargnés, et ils mènent dans cette campagne lointaine une saison familière et monotone. L’arrivée de ces énergumènes va les distraire. Cela ira un peu plus loin, et contribuera à mûrir un peu les écervelés.
Sur tout cela, la musique de Satyajit Ray. Celle, contrastée, du propos du film et des dialogues. Celle de la musique elle-même, que le réalisateur aimait composer et qui donne au film la cohérence de sa partition à plusieurs langages.
Lors de la redécouverte à Cannes, le réalisateur Wes Anderson parlait d’un « joyau à part, presque oublié ». Il n’est plus oublié du tout, et c’est tant mieux.

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